La Marche d'Espagne

L'attitude de Charlemagne envers les Sarrasins jusqu'en 788 était loin d'être très claire. Suivant les situations il soutenait les Chrétiens contre les Musulmans, se réclamait du calife de Bagdad, voulait les libérer du joug de Cordoue. Mais quand il décida de se rendre en Catalogne, les deux communautés refusèrent d'avoir affaire à un étranger. Les Navarrais calquèrent leur position sur la Catalogne mais subirent plus durement le saccage de leur capitale de Pampelune.

Pendant ce temps les Vascons recommençaient à s'agiter. Charlemagne voulu revenir précipitamment sentant un danger. L'attaque eut lieu à Roncevaux par des montagnards et sûrement aidés par des Sarrasins. De l'autre côté, les musulmans se vengèrent sur les Chrétiens qui pour certains réussir à se réfugier dans les montagnes où passèrent en Septimanie. Rien ne délimitait les possessions des Francs et des Sarrasins.

En 793, Narbonne tombait sous le commandement du général Abd-el-Melik. Tous les faubourgs furent brûlés et faute de mieux, se dirigèrent vers Carcassonne. Guillaume de Toulouse et d’autres chefs francs malgré un combat acharné perdirent tout avantage de cette rencontre. On situe généralement cette bataille sur L’Orbieu. Les musulmans retournèrent en Espagne en emportant un énorme butin et un nombre impressionnant de prisonniers qui d’après des sources arabes furent employés comme soldats dans la garde du souverain omeyyade. Lévi-Provençal dans « histoire de l’Espagne musulmane » fait allusion à 150 narbonnais qui constituaient la garde personnelle de l’émir-al Hakam Ier qui lui étaient dévoués corps et âme.

Dans la chronique de Moissac on peut lire : « apprenant que le roi Charles s’était rendu dans la région des Avars et estimant que les Avars lutteraient courageusement contre le roi et que pour cette raison il ne lui serait pas loisible de revenir en France, il envoya Abd-el-Melec, l’un de ses princes, avec une grande armée de Sarrasins pour dévaster la Gaule. Venant à Narbonne, ceux-ci incendièrent ses faubourgs et, ayant capturé de nombreux chrétiens et fait beaucoup de butin, alors qu’ils voulaient se rendre à la ville de Carcassonne, Guillaume et d’autres comtes des Francs vinrent à leur rencontre. Ils engagèrent le combat sur le fleuve Oliveius, et le combat devint très violent, et en ce jour la plus grande partie du peuple chrétien succomba. Quant à Guillaume, il combattit courageusement ce jour-là. Mais voyant qu’il ne pourrait en venir à bout, parce que ses compagnons l’avaient abandonné en prenant la fuite. Il leur échappa ».

Vers 798, on signale nous dit Philippe Senac dans «Les Carolingiens et al Andalus » que des « représentants d’un dux sarracenorum bahaluc, qui gouvernait des lieux montagneux proches de l’Aquitaine, étaient présents lors d’un plaid tenu à Toulouse pour signer des accords de paix. Derrière le nom de Bahaluc se cache la forme contractée de Bahlûl ibn Marzûq, ce qui montre que dès 798, il avait étendu son autorité sur la région de Barbitâniya et ce qui laisserait supposer que Khalaf inb Râchid fit partie de l’ambassade envoyée à Toulouse ». Le chroniqueur al- Udhri signale que Bahlûl ibn Râchid entra en relation avec sâhib al- dâr wa azîmu-hâ (grand de la maison). L’historien J.M. Lacarra voit sâhib al-dâr comme le comte de Toulouse ou Louis d’Aquitaine en personne.

En 800, Louis attaquait deux villes de la Marche Supérieure : Lérida et Huesca.

La prise de Barcelone est faite au printemps 801, commandée selon Ernold le Noir par Louis d’Aquitaine,Guillaume, Héripreth, Lihuthard, Bigon, Bera, Sanche etc. Une armée composée essentiellement de Francs, de Gascons, de Goths et d’Aquitains.

Survenue peu de temps après le couronnement impérial de Charles, cet événement suscita dans le monde Franc un retentissement considérable.