13 juillet 2007
dans le sein d'Abraham
Etude de lecture page 321 "Manuel pour mon fils" de Dhuoda
Pour le seigneur Thierry
Tu ne dois pas non plus omettre de prier, mon fils, pour celui qui, te recevant de mes bras, t'a, au bain de la régénération, adopté comme fils dans le Christ. On l'appelait de son vivant le seigneur Thierry, et maintenant il n'est plus. Il eût été pour toi en toutes choses un éducateur et un ami, s'il l'avait pu. Il a été reçu, nous le croyons, dans le sein d'Abraham. en te laissant en ce monde comme son enfant premier-né, il a légué tous ses biens à notre commun maître et seigneur pour qu'ils puissent totalement te profiter. Prie souvent pour ses pêchés, surtout en compagnie de beaucoup d'autres durant les noctures, les matines, les vêpres et les autres heures, cela au cas où il a commis quelque injustice et n'a pas fait pénitence pour l'éternité. Autant que tu le peux, que ce soit à plusieurs, avec des gens vraiment bons. autant que tu le peux, que ce soit par les prières des saint prêtres. Et tout en distribuant des aumônes aux pauvres, fait fréquemment offrir pour lui au seigneur le sacrifice.
Lorsque tu répands ta prière pour lui devant Dieu, récite ainsi les versets : V. Requiem aeternam, etc. V. anima eius in bonis demoretur. V. In memoria aeterna erit iustus, et les autres que tu sais bien. Les versets une fois achevés, récite l'oraison Collocare digneris :
"Daigne, seigneur, donner place au corps et à l'âme de ton serviteur Thierry dans le sein d'Abraham, celui d'Isaac et celui de Jacob, afin que, quand viendra le jour de ta manifestation, ton commandement le fasse ressusciter parmi tes saints et tes élus. Par notre Seigneur..."
12 juillet 2007
Abraham et la paternité dans l'occident médiéval
Présentation de l'éditeur
Un vieil homme rassemblant contre lui de petits enfants : telle est l'image qui, dans la chrétienté médiévale, donne à voir la destinée paradisiaque des élus après la mort. Qu'est-ce donc que ce sein paternel où viennent se lover les justes ? Que signifient ces formes textiles, enveloppant de leur mystère le repos des défunts ? Le vieillard, c'est Abraham, l'ancêtre commun du judaïsme, du christianisme et de l'islam, bien apte à exprimer l'idée de concorde et de fraternité. Et si, entre XIe et XIIIe siècles, il parvient avec succès à figurer la récompense céleste, but ultime de la société chrétienne, c'est parce qu'il montre cet idéal paradisiaque comme réunion à une figure paternelle, donnant forme à ce " besoin de protection par le père " que Freud situait au cœur du sentiment religieux. Or la relation entre le patriarche et les élus est si intime et parfois si fusionnelle qu'on peut la qualifier d'inclusion corporelle. Abraham serait-il alors une mère qui accueille les élus en son sein ?
Si l'on a récemment insisté sur l'essence féminine du christianisme, les œuvres dont il est question ici invitent plutôt à un rééquilibrage paternel et à une réflexion globale sur la paternité et la maternité et sur l'articulation de ces notions au Moyen Age. Dessiner ainsi un vaste réseau iconographique autour du sein d'Abraham, lequel est à la fois la version masculine de la Vierge à l'enfant et la réplique de Dieu le Père tenant son Fils dans ses bras, permet de mettre en pratique une méthodologie novatrice - construire une iconographie sérielle - tout en contribuant à l'analyse d'un aspect décisif de l'histoire sociale de l'Occident médiéval, qui pensait essentiellement le monde comme parenté.
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