Dhuoda

étude du Manuel pour mon fils écrit par Dhuoda pour son fils Guillaume

13 juillet 2007

dans le sein d'Abraham

Etude de lecture page 321 "Manuel pour mon fils" de Dhuoda

Pour le seigneur Thierry

Tu ne dois pas non plus omettre de prier, mon fils, pour celui qui, te recevant de mes bras, t'a, au bain de la régénération, adopté comme fils dans le Christ. On l'appelait de son vivant le seigneur Thierry, et maintenant il n'est plus. Il eût été pour toi en toutes choses un éducateur et un ami, s'il l'avait pu. Il a été reçu, nous le croyons, dans le sein d'Abraham. en te laissant en ce monde comme son enfant premier-né, il a légué tous ses biens à notre commun maître et seigneur pour qu'ils puissent totalement te profiter.  Prie souvent pour ses pêchés, surtout en compagnie de beaucoup d'autres durant les noctures, les matines, les vêpres et les autres heures, cela au cas où il a commis  quelque injustice et n'a pas fait pénitence pour l'éternité. Autant que tu le peux, que ce soit à plusieurs, avec   des gens vraiment bons. autant que tu le peux, que ce soit par les prières des saint prêtres. Et tout en distribuant des aumônes aux pauvres, fait fréquemment offrir pour lui au seigneur le sacrifice.

Lorsque tu répands ta prière pour lui devant Dieu, récite ainsi les versets : V. Requiem aeternam, etc. V. anima eius in bonis demoretur. V. In memoria aeterna erit iustus, et les autres que tu sais bien. Les versets une fois achevés, récite l'oraison Collocare digneris :

"Daigne, seigneur, donner place au corps et à l'âme de ton serviteur Thierry dans le sein d'Abraham, celui d'Isaac et celui de Jacob, afin que, quand viendra le jour de ta manifestation, ton commandement le fasse ressusciter parmi tes saints et tes élus. Par notre Seigneur..."

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22 mai 2007

Manuel pour Mon Fils - fin -

Mais Dhuoda veut avant toute chose léguer à son fils aîné ce qu’elle considère comme son testament spirituel :

« La douceur de mon si grand amour et le désir de ta beauté m'ont fait comme m'oublier moi-même. Je désire maintenant, portes fermées, rentrer en moi-même». 

Epilogue :

Son mari, accusé de trahison par Charles le Chauve fut exécuté à Toulouse en 844. Son fils Guillaume, qui prit le parti de Pépin Il d'Aquitaine comme son père dans le passé, reçu en retour le comté de Bordeaux en 845. Brisant le serment de fidélité, Il se hasardera à tenter de s'approprier dès 848 la Marche d'Espagne en s'emparant de Barcelone. Prisonnier l'année suivante,il sera décapité sur les ordres du roi Charles le Chauve, à l’age de vingt-quatre ans.

Quant à Bernard, son deuxième fils, il aura une plus longue et brillante carrière et sera le père de Guillaume le Pieux, le fondateur de l’abbaye de Cluny en 910. Il sera l’artisan d’une réforme religieuse qui essaimera dans tout l’Occident.

L’œuvre spirituelle de Dhuoda est non seulement préservée mais rayonne encore aujourd’hui anonymement, même si au départ ce n’était pas l’itinéraire que devait prendre son enseignement, puisqu’il n’était destiné qu’à titre personnel à ses enfants.

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Manuel pour Mon Fils - 4 -

Dieu est au centre de la vie par la lecture de la Bible. L'amour, la crainte et la Trinité sont les trois vertus qui dominent  l’ouvrage de Dhuoda. Quinze étapes symbolisées par les sept dons de !'Esprit et les huit béatitudes seront nécessaires à Guillaume pour parvenir à la perfection.

Mais la prière est une invitation journalière pour la société, la paix et tous les défunts en particulier pour sa famille.

Prier, c'est servir, et aider.

Dhuoda se sert de l'arithmétique sacrée pour spéculer sur les nombres et trouve un certain plaisir à énoncer les étymologies.

Une invitation est faîte à Guillaume, son fils, pour  réfléchir sur sa bonne conduite à tenir à la cour royale, ce  qui ne peut que lui être profitable pour son corps et son âme, puisque l'on vit sur deux plans, que l'on sert sur deux plans, à soi-même et aux autres.  Il y a donc forcément  deux naissances : l'une charnelle, l'autre spirituelle par le baptême ce qui entraîne forcément deux morts. Toute la délicatesse maternelle de Dhuoda pour convier son fils à se pencher sur les mystères de la mort physique et celle de l'âme.

La vie n'est-elle pas une intense et assidue préparation à la mort ?

Un passage du Livre de Job d’ailleurs le souligne en désignant la vie en terme de « combat spirituel»

Mais... entre les lignes, la détresse d'une mère redoutant de ne plus revoir ses enfants de son vivant.

« Je pleure en faisant un retour sur moi-même.. »

Elle se sait malade. Elle espère seulement que son fils pourra lire ce manuel qu’elle s’acharne à écrire et à terminer malgré ses infirmités :

« Frêle et souffrante je suis brisée par le choc des vagues…

La mort approche de moi

et la détresse épuise mon corps… »

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21 mai 2007

manuel pour mon fils - 3 -

L'originalité de cet ouvrage a pu être examiné comme un « miroir ». Mais en est-il vraiment un, dans l'usage du mot que l'on en fait au Moyen-âge? Les sentiments, considérés comme une histoire de l'âme doivent suivre un chemin bien défini et contenu dans le respecter des canons littéraires et rhétoriques à cette époque. Là, Dhuoda enfreint les règles littéraires dans son « Liber » pour laisser exploser son désespoir mais aussi sa révolte et son désir secret de revoir vivante si Dieu le permet, ses deux enfants.

Cela devient une confession.

Par l'écrit elle invente l'amour maternel littéraire. Au cœur du IXe siècle, c'est la voix à la fois d'une femme et le coeur d'une mère qui nous atteint au plus profond de notre être.

La voix d'une femme à cette époque, ne peut être que la voix d'une femme mariée.

En étant mariée, la femme possède deux rôles : celle d'épouse et celle de mère et atteint ainsi le statut d'une personne et non celle d'un objet d'échange entre deux familles. Le nom ici représente aussi bien du côté maternel que paternel, un rang, une fortune, un prestige. Guillaume, le fils de Dhuoda et de Bernard porte l'illustre nom de son grand-père, Guillaume, fondateur de saint Guilhem le Désert vainqueur des Musulmans à l'Orbieu, lui-même descendant de Charles Martel.

Fidèle, respectueuse, elle ne juge pas les actions de son mari.

Pour soutenir son époux qui est en lutte pour défendre les biens familiaux (marche de Gothie et autres territoires) Dhuoda a du emprunter beaucoup d’argent aussi bien aux chrétiens qu’aux juifs de la région d’Arles et s’efforce tant bien que mal à rembourser ses dettes.

Séparée de son fils aîné, l'écriture permet à  Dhuoda  de s'investir complétement dans  son  rôle d'éducatrice que lui permet son statut de mère et dispense ses conseils à son jeune fils ; elle insiste sur l’engagement de fidélité que doit jouer un jeune aristocrate auprès de son seigneur (Charles) auquel il s’est recommandé sur l’ordre de son père. La recommandation est une serment de fidélité qui est une véritable promesse à être fidèle, et une totale soumission sous peine de se parjurer, (c’est-à-dire commettre un péché mortel) mais aussi de rompre le lien d’unité envers son seigneur tout puissant qui est à la fois son protecteur mais aussi son défenseur :

« Puisque Dieu et ton père Bernard t’on choisi pour servir Charles que tu as pour seigneur, dans la fleur de ta jeunesse, tiens ce qui es de ta race, illustre des deux côtés. Ne sers pas de manière à plaire seulement aux yeux de ton maître, mais, en toutes choses, maintiens-lui, pleins de sens, à son service, une foi intacte et certaine de corps et d’esprit ta vie durant, ce dont tu as la charge… Que jamais la folie d’infidélité ne puisse t’être reprochée ; que jamais le mal ne germe dans ton cœur au point de te rendre infidèle à ton seigneur en quoique ce soit. Je ne crois pas qu’une trahison soit à craindre de ta part ou de la part de ceux qui servent avec toi… Toi donc, mon fils Guillaume, toi qui es issu de leur race, sois envers ton seigneur, comme je l’ai déjà dit, sincère, vigilant, utile et le plus prompt à son service ; et dans toutes les affaires intéressant la puissance du roi, à l’intérieur ou au dehors, attache-toi à faire preuve de sagesse dans toute la mesure des forces que Dieu t’a données. Lis les vies où les propos des saints pères d’autrefois et tu y trouveras comment tu dois servir ton seigneur et lui être utile en toutes choses. Et quand tu auras trouvé, applique-toi à exécuter fidèlement les ordres de ton seigneur. Considère aussi et contemple ceux qui font preuve de la plus grande fidélité en le servant avec persévérance et apprends d’eux la manière de servir. »

Le serment de fidélité invite à se dépasser et à se mettre au service de Dieu.

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Manuel pour Mon Fils -2 -

Dhuoda suit son mari, qui vient d’avoir peu après son mariage, le commandement de la Marche d’Espagne.

Le premier enfant du couple, un  garçon prénommé Guillaume, comme son grand-père, va naître  le 29 novembre 826.

Puis après sa victoire sur les Musulmans en 827, Bernard est  enfin récompensé et obtiendra le titre de Chambellan de Louis le Pieux.

Dhuoda continue à raconter  l’histoire et les moments de sa famille à son jeune fils Guillaume (15 ans) cet héritier d'une illustre famille aristocratique qui vient de partir à la cour du roi Charles le Chauve sur les instances de son père Bernard comte de Barcelone et duc de Septimanie qui le donne comme « gage » de réconciliation envers son roi.

Bernard, dans le passé avait beaucoup intrigué, hésitant à choisir son camp entre les héritiers de Louis le Pieux tous en rivalité pour la possession de l'Empire.

C'est en 841, après la bataille de Fontenay en Puisaye que Dhuoda a la douleur de se faire enlever par l'évêque d'Uzès Eléphant (Alphant ou Alphonse) son deuxième fils né à Uzès le 22 mars 841 avant même son baptême nous précise-t-elle sur les ordres de son mari, Bernard qui se trouve lui en Aquitaine à la cour de Pépin II.

« Au milieu des malheurs croissants de ce siècle et comme le royaume s’abîmait sous les révolutions et les discordes, l’Empereur Louis mourut. L’année qui suivit sa mort naquit ton frère. Sa naissance arriva à Uzès, le 22 mars.

Ton père Bernard se le fit amener en Aquitaine par Eléfant, évêque d’Uzès, avant même qu’il eut reçu le baptême. Les ordres de mon seigneur vous ont éloignés de moi et m’ont fait faire un long séjour à Uzès où je me suis réjouie de ses prospérités… »

On ressent bien ici, l’inquiétude de Dhuoda ne pas avoir baptisé ce nouveau- né ; dans cette Europe chrétienne un enfant ne peut arriver parmi le peuple de Dieu que, comme le rappelle Jonas d’Orléans, laver de la faute originelle dont tout homme est coupable. Ainsi purifié, le bébé protégé de la damnation éternelle de son âme officialise son entrée. Il est normalement entouré lors de la cérémonie de son parrain et marraine  et peut dés lors porter un nom. 

En résidence surveillée à Uzès suite aux dispositions de son mari, Dhuoda en proie à de nombreuses angoisses décide de commencer la rédaction de son Manuel vers le 30 novembre 841. Elle va l’achever avec quelques annotations complémentaires le 2 février 843.

« Mais le cœur plein de toi et de ton frère, j’ai fait écrire pour toi ce petit livre selon ma faible intelligence. Quoique mille obstacles s’opposent à ce que je te vois, te voir est le premier de mes soucis, le seul devant Dieu. »

Cette  Période troublée est commentée, analysée politiquement et socialement. C'est un témoignage vivant de la cour  carolingienne,  écrit par une femme cultivée d'un haut rang, qui témoigne jusqu'au bout d'une grande loyauté envers Bernard, son mari turbulent assoiffé d'ambition qui la privera d'un fervent amour envers ses deux enfants.

Dhuoda doit avoir aux alentours d'une quarantaine d'années à cette époque.

Bien qu’elle dise le contraire, c’est une femme vive, intelligente et active, qui n’en est pas moins observatrice et curieuse de son temps. Elle souligne son intérêt pour le jeu des tables mais aussi le métier des orfèvres : «ceux qui travaillent les métaux, lorsqu’ils entreprennent d’étendre l’or pour l’appliquer, attendent le jour et le temps convenables et opportuns, l’heure et la température voulues, de telle façon que l’or utilisé pour cette décoration, brillant et étincelant parmi les plus splendides métaux, prennent un éclat encore plus vif.»

C’est une femme de caractère mais d’une extrême douceur sachant pardonner en excellente chrétienne.

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20 mai 2007

Manuel pour mon fils - 1 -

C'est un ouvrage précieux écrit par une femme aristocrate laïque au IXe siècle sur l'époque carolingienne. Il est rédigé en latin avec des expressions tirées du grec mais aussi de l'hébreu. Ce manuel comprend un avant propos, une invocation en vers, un prologue, une préface puis une table de chapitres que Pierre Riché a eu soin de regrouper en dix parties.

Le sujet principal de ce manuscrit est une mère qui s’adresse à son jeune fils Guillaume, éloigné d’elle pour raison politique. Elle insiste sur la place de Dieu, la morale sociale, les devoirs de Guillaume envers son père, la fidélité envers son seigneur, les conseils sur les « Grands du royaume » et enfin le respect envers les hommes d’église.

Dhuoda, puisque c'est d'elle dont il s'agit est une lettrée. Son amour des livres et de la lecture est évident. Elle a reçu une éducation soignée puisque noble de naissance. Son appartenance à une famille aristocratique probablement australienne lui confer ses connaissances. Bien qu’elle ne cite pas directement les auteurs utilisés pour la rédaction de son oeuvre à part Donat, elle souligne bien quand même qu’elle a pu écrire grâce aux livres mis à disposition. Deux ouvrages essentiels référencés à son époque et qui font parties des meilleures bibliothèques sont les « Synonymes » d’ Isidore de Séville et la «  Regula Pastoralis » de Grégoire le Grand. La poésie a aussi sa place et Dhuoda n’hésite pas à citer le «  Liber Cathemerinon » de Prudence et quelques pièces d’auteurs précarolingiens. Elle affectionne tout particulièrement les lectures hagiographiques et les livrets sur les prières privées. Comme le veut l’époque, Saint Augustin est incontournable comme la règle de saint Benoît. Dhuoda possède une grande connaissance de l'ancien et du Nouveau Testament, Elle utilise souvent le "Livre de Job" et   "l’évangile de saint Mathieu" sans oublier les "Epîtres de saint Paul".

Dhuoda est dépositaire d’une qualité sociale, de son passé familial mais aussi de son avenir qui lui permet de se situer et de prendre place au sein des vivants et des morts de sa communauté parentale :

« Je pense à certains de mes parents et des tiens, mon fils, que j’ai connus : ils ont fait figure de puissants dans le siècle, et ils ne sont plus ».

La mémoire de la noblesse carolingienne est associée étroitement à la généalogie qui représente le fondement même du pouvoir social et culturel.En effet, seules les familles royales faisaient rédiger leur filiation pour retenir souvent que l’illustre ancêtre ; Bernard de Septimanie de souche royale, puisque cousin germain de Charlemagne est le petit-fils de Thierry des Ripuaires, qui lui-même était un parent de la mère de Charlemagne, épouse Dhuoda en l’église du palais d'Aix la Chapelle le 29 juin 824. Sans aucun doute la famille de Dhuoda a du être aussi très proche de cette dynastie régnante puisque dans la société carolingienne, la jeune fille noble joue un rôle essentiel et se trouve être l’enjeu de rivalités entre lignées aristocratiques qui font du mariage un principe politique.

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