C'est un ami qui m'a signalé ce livre. En effet, Alexandre Adler parle de Guillaume de Gellone, des chevaliers juifs, l'école rabbinique de Gellone et la position carolingienne face à la pensée juive et les rapports avec le pouvoir royal.

Si je reviens souvent sur Guillaume de Gellone, c'est qu'il est intéressant à plus d'un titre, puisqu'il est le beau-père de Dhuoda, elle-même mariée à son fils Bernard duc de Septimanie et comte de Barcelone qui sera un moment chancelier de Louis le Pieux avant d'être destitué, puis plus tard assassiné par Charles le Chauve à Toulouse.

Je note ici certains passages du livre  que je vais commenter au fur et à mesure de mes travaux.

page 234

Ce qui existe, en revanche, et n'est pas moins mystérieux, c'es le "Roi des juifs", c'est-à-dire un personnage dont l'existence apparaît pour la première fois sous le règne de  Charlemagne, mais qui lui est quelque peu antérieur.

Ce roi des juifs est bel est bien domicilié à Narbonne, à quelques kilomètres des Corbières et de cette région fascinante d'Alet et de Rennes-le-Château.

Un archiviste paléographe de la fin du XIX siècle, François Rénier, a exhumé un certain nombre de parchemins carolingiens connus qui font allusion à ce Roi des Juifs de Narbonne; au rôle qu'il a pu remplir, à la protection dont il bénéficiait de la part des empereurs d'Occident, de Charlemagne et d son fils Louis Le Pieux en particulier. Le rôle de ce roi des juifs n'est pas très clair. s'agit-il d'un véritable monarque ?

Les historiens aujourd'hui ne le pensent pas. Ils pensent qu'il s'agit plutôt du chef d'une institution carolingienne qui faisait de ce Roi des juifs le chef de toutes les communautés juives de la diaspora situées dans l'Occident romain, dont Charlemagne venait peu ou prou d'assurer l'unification.

page 237

C'est ici que nous arrivons à un véritable mystère historique. unc ertain nombre de récits de l'époque carolingienne concordent pour dire qu'il a existé à l'époque de Charlemagne une catégorie de chevaliers juifs, qui ont participé à toutes les guerres de Charlemagne contre les sarrasins, franchissant les Pyrénées avec lui, se battant pour l'intégrité de l'Empire et récompensés par Charlemagne.

page 240

On sait que l'un des preux les plus remarquables de Charlemagne était Guillaume de Gellone, un seigneur du midi de la France qui a accompagné Charlemagne dans toutes ses batailles et qui reste un personnage légendaire. Dans les traditions ultérieures, Guilhem de Gellone est même censé avoir abandonné la vie guerrière pour fonder un monastère, le grand monastère de Saint Guilhem-le-Désert, dans l'ancien village de Gellone, non loin de Montpellier, et s'être consacré pour la fin de sa vie à des oeuvres pieuses, qui lui vaudront la canonisation.

A ceci près que l'école de Gellone semble avoir d'abord corrspondu à une éole rabbinique dont Zuckermann a exhumé les traces écrites, avant d'être un monastère, et qu'on y trouve toujours des choses fort étranges. ainsi, la porte qui ouvre sur le monastère de Saint Guilhem porte le nom de "Guimel" en français. C'est la lettre hébraïque utilisée pour le G, l'initial de Guilhem précisément. On trouve une allusion à un certain Guilhem dans les carnets de Béranger Saunière.

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Au demeurant, n'est-ce pas la dynastie carolingienne qui a émancipé les juifs de toutes contraintes, même des contraintes légères qu'ils subissaient en Espagne musulmane ?

N'est-ce pas cette politique carolingienne qui a créé la première rencontre entre le judaïsme et le christianisme, aux origines même de l'Occident européen ? Cette question, qui est ausi la question de la véritable identité de Guilhem de Gellone, peut-être posée autrement : y a-t-il à ce moment-là une race de l'émancipation des juifs autre que les vitupérations de l'archevêque Agobard de Lyon, qui la déplore de tout son coeur, et notamment une trace culturelle présente dans les textes et dans les moeurs ?

(à suivre)