Histoire générale de languedoc

DOM Claude DE VIC DOM Joseph VAISSETE

En 1845, cent ans après la publication du dernier tome de l’Histoire Générale de Languedoc, commandée en 1715 par les Etats provinciaux aux Pères Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur : dom Claude Devic et dom Joseph Vaissete - une œuvre monumentale qui, en trente années de travail et cinq volumes, relate l’histoire de la province, de ses origines à la mort de Louis XIII (1643) – le chevalier Alexandre du Mège entreprend de la vulgariser et de la pour- suivre jusqu’en 1830.

Trente ans avant que la maison d’édition Privat ne s’intéresse à une nouvelle - et dernière - réédition en quinze volumes cette fois (1872-1890), cette publication intermédiaire, réalisée par l’imprimeur toulousain J.B.

Paya, jusqu’ici peu connue voire ignorée, se voulait accessible à un public plus large par son prix modique et une présentation faite pour faciliter la consultation. Outre le mérite de sa typographie moderne et de son organisation en dix tomes, cette édition a l’avantage, à travers d’abondantes notes, de décrire les principaux monuments de la région et de préserver les textes occitans originels, qui lui conservent une authenticité culturelle et linguistique.

Aujourd’hui cette nouvelle impression est née de notre volonté puisée tant à Pézenas, ancien siège des Etats de Languedoc, qu’à Nîmes, jadis capitale des Volques Arécomiques. C’est là auprès de Christian Lacour - éditeur populaire nîmois - que nous avons trouvé l’assentiment enthousiaste de faire renaître les travaux des Pères Devic et Vaissete et du Toulousain Alexandre du Mège.

Que les Languedociens et les autres, érudits ou simples curieux de l’histoire de cette province « du bout du Royaume », utilisent ou découvrent avec profit cet ouvrage, enfin plus accessible, telle est notre unique ambition.

Claude ALBERGE - Jean-Claude SEGUELA

Histoire Générale de Languedoc
de Dom Claude Devic  et Dom Joseph Vaissete, 1730- 1745
Religieux Bénédictins de la Congrégation de St Maur.
augmenté et continué jusqu'en 1830 par Alexandre du Mège.

Les Sarrasins en Septimanie

de Charles-Martel à Charlemagne.

785 - Livre IX - VII - Origine du comtez de Rasez et de Fenoûilledes. 

Charlemagne et le roi Louis son fils établirent le même gouvernement dans les autres villes de ce pays dont ils se rendirent maîtres dans la suite, c’est-à-dire qu'après en avoir chassé les Sarasins, ils y mirent des troupes Françoiscs. Il y eut cependant quelques gouverneurs Arabes qui continuèrent de reconnoitrc la souveraineté de nos rois ; mais ce ne fut la plupart du tems que pour se rendre indépendant, et s'affranchir, à la faveur de la protection de ces princes, du joug des émirs qui regnoient en Espagne. On croit que Charlemagne partagera vers le même-tems les diocèses de cette frontière en plusieurs comtez ou gouvernemens particuliers, afin de veiller plus facilement à la garde du pays ; au lieu que suivant la police jusqu'alors en usage dans le roiaume, un diocèse ne composoit qu'un comté ou gouvernement particulier.

C'est aussi sans doute par la même raison que ce prince divisa en plusieurs comtez quelques diocèses de la Septimanie, voisins de cette frontière ; on en usa de même dans la suite à l'égard des diocèses du roiaume les plus étendus. Les anciens monumens nous apprennent que dès la fin du VIIIe siècle et au commencement du IXe le diocèse d'EIne étoit partagé en deux comtez, de Roussillon et de Conflans, et que les comtez de Rasez et de Fenoûilledes qui furent démembrez de celui de Narbonne ou de l'ancien diocèse de cette ville, subsistoient alors. L'ancien comté de Rasez (Redensis) tiroit son nom d'un château du pays appelle Redas, lequel ne subsiste plus. Il s'étendoit sur tout ce qu'on appelle encore aujourd'hui le Rasez ou officialité de Limoux qui dépend pour le spirituel du diocèse de Narbonne ; et sur une partie de celui d'Alet dont le reste étoit compris dans le comté ou pays de Fenoûilledes. Comme les anciens comtez avoient la même étendue que les diocèses, il arriva dans la suite qu'on donna quelquefois le nom de diocèse a plusieurs de ces nouveaux comtez démembrez des anciens ; c'est peut-être ce qui donna lieu aux archevêques de Narbonne de se dire archevêques de Narbonne et de Rasez. Il est pourtant plus vraisemblable que ce fut a cause que le Rasez demeura uni au roiaume d'Aquitaine après que le comté de Narbonne en eut été démembré en 817 avec la plus grande partie de la Septimanie, comme on le verra ailleurs, et parce que le diocèse de Narbonne demeura partagé depuis ce tems-là pour le temporel entre deux gouvernemens différens. Cette distinction dure encore de nos jours. Les archevêques de Narbonne tiennent actuellement un officiai ou vice-gérant à Limoux capitale du Rasez pour le jugement des affaires ecclésiastiques de ce pays pour le temporel fait un diocèse particulier. Il est joint pour les contributions et la députation aux Etats avec celui d'Alet.