L'originalité de cet ouvrage a pu être examiné comme un « miroir ». Mais en est-il vraiment un, dans l'usage du mot que l'on en fait au Moyen-âge? Les sentiments, considérés comme une histoire de l'âme doivent suivre un chemin bien défini et contenu dans le respecter des canons littéraires et rhétoriques à cette époque. Là, Dhuoda enfreint les règles littéraires dans son « Liber » pour laisser exploser son désespoir mais aussi sa révolte et son désir secret de revoir vivante si Dieu le permet, ses deux enfants.

Cela devient une confession.

Par l'écrit elle invente l'amour maternel littéraire. Au cœur du IXe siècle, c'est la voix à la fois d'une femme et le coeur d'une mère qui nous atteint au plus profond de notre être.

La voix d'une femme à cette époque, ne peut être que la voix d'une femme mariée.

En étant mariée, la femme possède deux rôles : celle d'épouse et celle de mère et atteint ainsi le statut d'une personne et non celle d'un objet d'échange entre deux familles. Le nom ici représente aussi bien du côté maternel que paternel, un rang, une fortune, un prestige. Guillaume, le fils de Dhuoda et de Bernard porte l'illustre nom de son grand-père, Guillaume, fondateur de saint Guilhem le Désert vainqueur des Musulmans à l'Orbieu, lui-même descendant de Charles Martel.

Fidèle, respectueuse, elle ne juge pas les actions de son mari.

Pour soutenir son époux qui est en lutte pour défendre les biens familiaux (marche de Gothie et autres territoires) Dhuoda a du emprunter beaucoup d’argent aussi bien aux chrétiens qu’aux juifs de la région d’Arles et s’efforce tant bien que mal à rembourser ses dettes.

Séparée de son fils aîné, l'écriture permet à  Dhuoda  de s'investir complétement dans  son  rôle d'éducatrice que lui permet son statut de mère et dispense ses conseils à son jeune fils ; elle insiste sur l’engagement de fidélité que doit jouer un jeune aristocrate auprès de son seigneur (Charles) auquel il s’est recommandé sur l’ordre de son père. La recommandation est une serment de fidélité qui est une véritable promesse à être fidèle, et une totale soumission sous peine de se parjurer, (c’est-à-dire commettre un péché mortel) mais aussi de rompre le lien d’unité envers son seigneur tout puissant qui est à la fois son protecteur mais aussi son défenseur :

« Puisque Dieu et ton père Bernard t’on choisi pour servir Charles que tu as pour seigneur, dans la fleur de ta jeunesse, tiens ce qui es de ta race, illustre des deux côtés. Ne sers pas de manière à plaire seulement aux yeux de ton maître, mais, en toutes choses, maintiens-lui, pleins de sens, à son service, une foi intacte et certaine de corps et d’esprit ta vie durant, ce dont tu as la charge… Que jamais la folie d’infidélité ne puisse t’être reprochée ; que jamais le mal ne germe dans ton cœur au point de te rendre infidèle à ton seigneur en quoique ce soit. Je ne crois pas qu’une trahison soit à craindre de ta part ou de la part de ceux qui servent avec toi… Toi donc, mon fils Guillaume, toi qui es issu de leur race, sois envers ton seigneur, comme je l’ai déjà dit, sincère, vigilant, utile et le plus prompt à son service ; et dans toutes les affaires intéressant la puissance du roi, à l’intérieur ou au dehors, attache-toi à faire preuve de sagesse dans toute la mesure des forces que Dieu t’a données. Lis les vies où les propos des saints pères d’autrefois et tu y trouveras comment tu dois servir ton seigneur et lui être utile en toutes choses. Et quand tu auras trouvé, applique-toi à exécuter fidèlement les ordres de ton seigneur. Considère aussi et contemple ceux qui font preuve de la plus grande fidélité en le servant avec persévérance et apprends d’eux la manière de servir. »

Le serment de fidélité invite à se dépasser et à se mettre au service de Dieu.

Article publié par Marie de Mazan Tous droits réservés