Dhuoda suit son mari, qui vient d’avoir peu après son mariage, le commandement de la Marche d’Espagne.

Le premier enfant du couple, un  garçon prénommé Guillaume, comme son grand-père, va naître  le 29 novembre 826.

Puis après sa victoire sur les Musulmans en 827, Bernard est  enfin récompensé et obtiendra le titre de Chambellan de Louis le Pieux.

Dhuoda continue à raconter  l’histoire et les moments de sa famille à son jeune fils Guillaume (15 ans) cet héritier d'une illustre famille aristocratique qui vient de partir à la cour du roi Charles le Chauve sur les instances de son père Bernard comte de Barcelone et duc de Septimanie qui le donne comme « gage » de réconciliation envers son roi.

Bernard, dans le passé avait beaucoup intrigué, hésitant à choisir son camp entre les héritiers de Louis le Pieux tous en rivalité pour la possession de l'Empire.

C'est en 841, après la bataille de Fontenay en Puisaye que Dhuoda a la douleur de se faire enlever par l'évêque d'Uzès Eléphant (Alphant ou Alphonse) son deuxième fils né à Uzès le 22 mars 841 avant même son baptême nous précise-t-elle sur les ordres de son mari, Bernard qui se trouve lui en Aquitaine à la cour de Pépin II.

« Au milieu des malheurs croissants de ce siècle et comme le royaume s’abîmait sous les révolutions et les discordes, l’Empereur Louis mourut. L’année qui suivit sa mort naquit ton frère. Sa naissance arriva à Uzès, le 22 mars.

Ton père Bernard se le fit amener en Aquitaine par Eléfant, évêque d’Uzès, avant même qu’il eut reçu le baptême. Les ordres de mon seigneur vous ont éloignés de moi et m’ont fait faire un long séjour à Uzès où je me suis réjouie de ses prospérités… »

On ressent bien ici, l’inquiétude de Dhuoda ne pas avoir baptisé ce nouveau- né ; dans cette Europe chrétienne un enfant ne peut arriver parmi le peuple de Dieu que, comme le rappelle Jonas d’Orléans, laver de la faute originelle dont tout homme est coupable. Ainsi purifié, le bébé protégé de la damnation éternelle de son âme officialise son entrée. Il est normalement entouré lors de la cérémonie de son parrain et marraine  et peut dés lors porter un nom. 

En résidence surveillée à Uzès suite aux dispositions de son mari, Dhuoda en proie à de nombreuses angoisses décide de commencer la rédaction de son Manuel vers le 30 novembre 841. Elle va l’achever avec quelques annotations complémentaires le 2 février 843.

« Mais le cœur plein de toi et de ton frère, j’ai fait écrire pour toi ce petit livre selon ma faible intelligence. Quoique mille obstacles s’opposent à ce que je te vois, te voir est le premier de mes soucis, le seul devant Dieu. »

Cette  Période troublée est commentée, analysée politiquement et socialement. C'est un témoignage vivant de la cour  carolingienne,  écrit par une femme cultivée d'un haut rang, qui témoigne jusqu'au bout d'une grande loyauté envers Bernard, son mari turbulent assoiffé d'ambition qui la privera d'un fervent amour envers ses deux enfants.

Dhuoda doit avoir aux alentours d'une quarantaine d'années à cette époque.

Bien qu’elle dise le contraire, c’est une femme vive, intelligente et active, qui n’en est pas moins observatrice et curieuse de son temps. Elle souligne son intérêt pour le jeu des tables mais aussi le métier des orfèvres : «ceux qui travaillent les métaux, lorsqu’ils entreprennent d’étendre l’or pour l’appliquer, attendent le jour et le temps convenables et opportuns, l’heure et la température voulues, de telle façon que l’or utilisé pour cette décoration, brillant et étincelant parmi les plus splendides métaux, prennent un éclat encore plus vif.»

C’est une femme de caractère mais d’une extrême douceur sachant pardonner en excellente chrétienne.

Article publié par Marie de Mazan Tous droits réservés