C'est un ouvrage précieux écrit par une femme aristocrate laïque au IXe siècle sur l'époque carolingienne. Il est rédigé en latin avec des expressions tirées du grec mais aussi de l'hébreu. Ce manuel comprend un avant propos, une invocation en vers, un prologue, une préface puis une table de chapitres que Pierre Riché a eu soin de regrouper en dix parties.

Le sujet principal de ce manuscrit est une mère qui s’adresse à son jeune fils Guillaume, éloigné d’elle pour raison politique. Elle insiste sur la place de Dieu, la morale sociale, les devoirs de Guillaume envers son père, la fidélité envers son seigneur, les conseils sur les « Grands du royaume » et enfin le respect envers les hommes d’église.

Dhuoda, puisque c'est d'elle dont il s'agit est une lettrée. Son amour des livres et de la lecture est évident. Elle a reçu une éducation soignée puisque noble de naissance. Son appartenance à une famille aristocratique probablement australienne lui confer ses connaissances. Bien qu’elle ne cite pas directement les auteurs utilisés pour la rédaction de son oeuvre à part Donat, elle souligne bien quand même qu’elle a pu écrire grâce aux livres mis à disposition. Deux ouvrages essentiels référencés à son époque et qui font parties des meilleures bibliothèques sont les « Synonymes » d’ Isidore de Séville et la «  Regula Pastoralis » de Grégoire le Grand. La poésie a aussi sa place et Dhuoda n’hésite pas à citer le «  Liber Cathemerinon » de Prudence et quelques pièces d’auteurs précarolingiens. Elle affectionne tout particulièrement les lectures hagiographiques et les livrets sur les prières privées. Comme le veut l’époque, Saint Augustin est incontournable comme la règle de saint Benoît. Dhuoda possède une grande connaissance de l'ancien et du Nouveau Testament, Elle utilise souvent le "Livre de Job" et   "l’évangile de saint Mathieu" sans oublier les "Epîtres de saint Paul".

Dhuoda est dépositaire d’une qualité sociale, de son passé familial mais aussi de son avenir qui lui permet de se situer et de prendre place au sein des vivants et des morts de sa communauté parentale :

« Je pense à certains de mes parents et des tiens, mon fils, que j’ai connus : ils ont fait figure de puissants dans le siècle, et ils ne sont plus ».

La mémoire de la noblesse carolingienne est associée étroitement à la généalogie qui représente le fondement même du pouvoir social et culturel.En effet, seules les familles royales faisaient rédiger leur filiation pour retenir souvent que l’illustre ancêtre ; Bernard de Septimanie de souche royale, puisque cousin germain de Charlemagne est le petit-fils de Thierry des Ripuaires, qui lui-même était un parent de la mère de Charlemagne, épouse Dhuoda en l’église du palais d'Aix la Chapelle le 29 juin 824. Sans aucun doute la famille de Dhuoda a du être aussi très proche de cette dynastie régnante puisque dans la société carolingienne, la jeune fille noble joue un rôle essentiel et se trouve être l’enjeu de rivalités entre lignées aristocratiques qui font du mariage un principe politique.

Article publié par Marie de Mazan Tous droits réservés